# Comment nous avons trouvé notre nom (après un détour klingon)

**Résumé:** Trois noms d'entreprise en quelques années, chacun abandonné pour une raison qui ne figure dans aucun pitch deck : une marque déjà déposée, un domaine hors de prix, et une extension de pays à la réputation douteuse.

**En bref:** Nous avons brûlé deux noms avant celui-ci. Une marque que nous n'avions pas vérifiée, un domaine que nous ne pouvions pas payer, et une extension de pays à la mauvaise réputation. La solution ne fut pas l'inspiration, mais une méthode de notation, et la discipline de renoncer au nom que nous aimions le plus.

**Publié:** 2026-09-01

**Dernière mise à jour:** 2026-09-15

Nous nous appelions d'abord Teletext.io. Une mauvaise idée, et il nous a fallu du temps pour nous en apercevoir.

Le nom se voulait un jeu de mots sur Telegram, à l'époque où baptiser sa startup du nom d'une technologie obsolète était brièvement ce que tout le monde faisait. Nous trouvions cela malin. Ce que nous n'avons pas fait, c'est vérifier si Teletext existait encore en tant qu'entreprise. C'était le cas. Plutôt que d'attendre notre premier conflit de marques, nous avons changé de nom.

Le deuxième fut Instant. Assez générique, mais il nous plaisait, et le problème a semblé réglé un moment. Puis nous avons voulu acheter Instant.com, ce qui, de mémoire, aurait coûté autour de sept cent mille dollars dont nous ne disposions pas. Nous avons donc fait ce que l'on fait à ce moment-là et cherché un détournement de domaine. Nous avons acheté l'extension du Cameroun et lancé le produit sur `.cm`.

Là encore, nous n'avions pas réfléchi jusqu'au bout.

Six mois plus tard, nous avons livré une fonctionnalité qui consistait à envoyer des liens. Pas des liens sur notre propre site, mais des liens arrivant devant quelqu'un qui n'avait jamais entendu parler de nous et devait décider en une seconde s'il cliquait. Ces liens devaient inspirer confiance. Or `.cm` est une extension bien documentée pour le typosquattage et l'hameçonnage, soit exactement l'inverse de ce qu'un inconnu devait ressentir.

Il nous fallait donc bien un `.com`. Nous n'avions toujours pas sept cent mille dollars. Il nous fallait un nouveau nom, pour la troisième fois, et j'en avais profondément assez de nommer des choses.

## Le moment où nous avons cessé de deviner

Cette fois, nous voulions procéder correctement, ce qui signifiait pour nous trouver quelqu'un qui y avait déjà réfléchi plus sérieusement que nous.

Nous avons utilisé le test Nominology, tiré d'[un article de Daniel Reeves sur Messy Matters](https://messymatters.com/nominology/ "Messy Matters : Nominology"). Il note un nom sur une poignée de critères, et sa valeur ne tient à aucun critère en particulier : elle tient à ce que l'on cesse de se disputer sur les goûts. L'évocation, pour que le nom suggère ce qu'est la chose. La brièveté, parce que plus court vaut mieux. La facilité de recherche dans un texte, pour que le nom ne se niche pas à l'intérieur de mots courants et qu'une recherche renvoie peu de faux résultats. La trouvabilité sur un moteur. La prononçabilité, pour que l'on dise le nom correctement du premier coup. L'orthographiabilité, pour que l'on l'écrive correctement en l'entendant. Et la possibilité d'en faire un verbe.

Nous y avons ajouté nos propres exigences, toutes issues des cicatrices des deux tentatives précédentes. La capacité à changer de cap sans changer encore de nom, car cette erreur-là, nous l'avions faite. Le fait que le nom soit déjà déposé ou non, ce qui nous avait déjà coûté un nom. Sa correction, car insulter les gens avec le nom de son entreprise est un mauvais départ. Le coût d'acquisition. Et le critère qui s'est révélé le plus important : l'aimons-nous vraiment, en tant qu'équipe.

Une grille de notation peut sembler sans joie pour une chose aussi personnelle qu'un nom. C'est l'inverse. Elle nous a permis d'aimer un nom et de le reposer quand même, ce dont on est incapable lorsque le seul argument disponible est qu'on l'aime.

## Worf.com

Ce qui m'amène à celui qui nous a échappé.

Nous avions trouvé Worf.com. Worf est le Klingon de Star Trek, et le nom est court, mémorable, prononçable, orthographiable et parfaitement distinctif. Nous l'adorions. Je pense encore que c'était le meilleur nom que nous ayons trouvé.

Il avait aussi toutes les chances d'échouer au test des marques, et nous le savions pendant que nous tentions de nous convaincre. Nous y avons donc renoncé.

Je le regrette un peu, de la façon dont on regrette une chose que l'on referait sans doute à l'identique. C'était précisément à cela que servait la grille. Elle nous a donné une raison qui n'était pas un sentiment, à l'instant exact où le sentiment criait le plus fort.

## Un seul appel

Nous étions dessus depuis un mois et n'avancions pas. Tous les bons noms étaient pris, hors de prix ou déjà déposés, et nous commencions à parler de compromis.

Puis Marcel m'a appelé un soir. Une enchère se terminait pour Unless.com, et le prix paraissait bas. Achète, m'a-t-il dit. Je l'ai fait, pour une bouchée de pain.

C'est tout. Voilà toute l'origine du nom. Un mois de travail méthodique, puis un appel au bon moment au sujet d'une enchère que personne d'autre ne semblait avoir remarquée.

## Ce que je me dirais

Nommer n'est pas un exercice de logo. C'est une série d'erreurs coûteuses, et votre seul véritable choix est de les commettre sur le papier ou devant un tribunal.

Nous en avons commis deux de la manière coûteuse et une de la manière économique. L'économique a demandé un mois de notation ingrate et un peu de chance, et les deux coûteuses nous ont chacune coûté une identité entière. Si vous nommez quelque chose en ce moment, la grille est le conseil ennuyeux et c'est le bon conseil. Elle ne vous trouvera pas de nom. Elle vous permettra de reposer celui dont vous êtes trop épris, et c'est là le travail le plus difficile.
